Les pays pionniers de l'Accélérateur mondial présentent au deuxième Sommet mondial pour le développement social des réformes nationales reproductibles liant emploi décent et protection sociale universelle
Genève – L'Accélérateur mondial a organisé le 4 novembre, dans le cadre du deuxième Sommet mondial pour le développement social, sa session de solutions virtuelle « Solutions pilotées par les pays : intégrer l'emploi décent et la protection sociale au service du développement social ». L'événement a montré comment les pays, les donateurs et les institutions financières internationales alignent politiques et financements pour amplifier les réformes en faveur de l'emploi décent et de la protection sociale universelle.
L'Accélérateur mondial soutient simultanément les trois thèmes centraux du développement social : éliminer la pauvreté, promouvoir le plein emploi productif et un travail décent pour toutes et tous, et favoriser l'intégration sociale. C'est pourquoi la Déclaration politique du Sommet l'a reconnu comme un mécanisme concret de mise en œuvre, en appelant les États membres à envisager de soutenir sa mise en œuvre.
En ouvrant la session, M. Sangheon Lee, Sous-Directeur général par intérim chargé du portefeuille Emploi et protection sociale de l'OIT, a souligné que les investissements dans l'emploi et la protection sociale sont essentiels pour réaliser le Programme 2030 et garantir des transitions justes dans chaque pays. Il a qualifié l'initiative de « modèle de ce que le système des Nations Unies fait de mieux, qui nous fait travailler ensemble, par-delà les secteurs et les silos, pour concrétiser une vision commune de dignité, d'égalité et d'opportunités pour toutes et tous ».
La première table ronde, Présentations de pays : plaider pour l'investissement dans l'emploi décent et productif et la protection sociale, animée par Mme Ingrid Macdonald, coordonnatrice résidente des Nations Unies en Albanie, a mis en avant les expériences de l'Albanie, du Sénégal et de l'Indonésie. Les pays ont présenté trois approches différentes de l'intégration de l'emploi décent et de la protection sociale universelle :
- l'Albanie a mis l'accent sur l'intégration des politiques et des investissements au service de groupes de bénéficiaires spécifiques ;
- l'Indonésie a mené des interventions pilotes sectorielles et évalué leur reproductibilité dans d'autres secteurs ;
- le Sénégal a présenté les différents leviers d'action dont dispose le ministère de l'Économie pour que tous les investissements publics, quel que soit le secteur, contribuent à la création d'emplois décents et à l'extension de la protection sociale.
L'Albanie est le premier pays pionnier européen de l'Accélérateur mondial ; elle progresse vers l'adhésion à l'Union européenne tout en réformant son paysage de l'emploi et de la protection sociale. Mme Olta Manjani, vice-ministre de l'Économie, de la Culture et de l'Innovation de l'Albanie, a présenté l'approche du pays : créer des emplois de qualité et favoriser la participation des femmes au marché du travail grâce à des politiques stratégiques et à des marges budgétaires dégagées pour investir dans l'économie du soin. Mme Manjani a expliqué qu'en intégrant les engagements sociaux dans la planification budgétaire, le pays garantit un accès plus équitable aux services publics comme l'éducation, la santé, l'aide à l'emploi et la protection sociale. « Le message de l'Albanie aujourd'hui est clair : investir dans le travail décent et la protection sociale n'est pas un coût, mais un catalyseur qui améliore la productivité, renforce la cohésion sociale et stimule la participation au marché du travail », a-t-elle conclu.
L'Indonésie a fait du tourisme un secteur clé d'accélération dans sa feuille de route. Grâce à l'Accélérateur mondial, elle a créé un conseil sectoriel des compétences qui aligne les systèmes de formation sur la demande des entreprises. « L'Indonésie intègre la protection sociale et les politiques du marché du travail dans un système adaptatif au service de transitions justes, et investit dans le développement des compétences et l'apprentissage tout au long de la vie en réponse aux besoins du secteur privé », a déclaré Mme Nur Hygiawati Rahayu, directrice de l'emploi au ministère de la Planification du développement national (BAPPENAS). En investissant dans un programme d'apprentissage et en mobilisant des financements conjoints, le pays réduit l'écart entre politiques publiques et pratiques des entreprises.
Le Sénégal fait face à de multiples transitions : crise climatique, pression accrue sur le système agroalimentaire et forte croissance de la population jeune. Dans ce contexte, il donne la priorité à l'emploi décent et à la protection sociale dans ses politiques macroéconomiques, dans le budget national et dans les investissements publics, comme l'a souligné M. Souleymane Diallo, directeur général de la planification et des politiques économiques au ministère de l'Économie, du Plan et de la Coopération. « L'initiative de l'Accélérateur mondial présente un intérêt particulier pour le Sénégal, car elle favorise l'amélioration structurelle des politiques par une approche intégrée qui place la création de travail décent et l'extension de la protection sociale en son cœur », a-t-il déclaré. Le pays a testé l'outil de modélisation de l'OIT « Modèle structurel pour le développement durable », qui lui permet de s'assurer que les investissements publics approuvés contribuent à la création d'emplois décents et à l'extension de la protection sociale, conformément à la feuille de route nationale. Il a conclu en recommandant le SMSD aux autres pays pionniers, pour répartir judicieusement leurs ressources existantes entre les initiatives et en maximiser le rendement.
La table ronde a montré comment les pays créent des effets multiplicateurs sur la participation au marché du travail et la formalisation, et comblent leurs déficits de financement en donnant la priorité aux investissements dans l'emploi décent et la protection sociale universelle. Les intervenants ont expliqué comment ils mettent en œuvre ces politiques et programmes clés pour rendre les grands investissements et les transitions plus justes et durables. Mme Ingrid Macdonald a résumé les échanges en tant que coordonnatrice résidente : « Des initiatives comme l'Accélérateur mondial nous permettent de travailler à l'échelle de toute l'équipe de pays, avec nos homologues gouvernementaux mais aussi avec les acteurs sociaux, la société civile et d'autres. Cela fait une réelle différence. »
La deuxième table ronde, Collaboration multipartite pour concevoir, mettre en œuvre et financer les réformes en faveur de l'emploi décent et productif et de la protection sociale, et obtenir des résultats sociaux et économiques, animée par Mme Sabine Machl, coordonnatrice résidente des Nations Unies en Ouzbékistan, a illustré la collaboration entre gouvernements donateurs, institutions financières, partenaires sociaux et agences des Nations Unies. Elle a montré comment les différents acteurs nationaux et mondiaux de l'Accélérateur mondial se rassemblent, renforcent le plaidoyer et apportent leurs atouts respectifs pour aider les gouvernements à faire progresser les réformes politiques et financières des systèmes de protection sociale, de compétences et d'emploi au service du développement social.
Plusieurs pays en développement font aujourd'hui face à un dilemme difficile : des contraintes macro-budgétaires et financières croissantes menacent leur capacité à maintenir un haut niveau de dépenses et d'investissements dans leur transformation sociale et économique. M. Alvaro Diaz Duque, directeur adjoint à la Direction générale des politiques de développement durable du ministère des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération de l'Espagne, a souligné l'urgence d'une protection sociale universelle comme socle du développement durable. Il a aussi expliqué que l'Espagne soutient l'Accélérateur mondial notamment parce qu'il permet d'apporter aux pays un appui technique cohérent, réduisant le risque de conseils contradictoires ou de doublons. « L'une des caractéristiques de l'Accélérateur mondial est de permettre des alliances et des partenariats entre divers acteurs. La participation de multiples parties permet de lutter contre la fragmentation et d'avoir un effet multiplicateur sur l'impact et les résultats, en combinant l'expertise et les ressources économiques de différents acteurs », a-t-il déclaré.
D'autres partenaires ont souligné l'importance de l'approche cohérente de l'Accélérateur mondial face à des problèmes structurels comme les inégalités. Mme Hélène Djoufelkit, directrice exécutive adjointe du département Solutions de développement durable de l'Agence française de développement (AFD), a présenté l'Accélérateur mondial comme une initiative utile pour réduire les inégalités, par la redistribution des revenus via la protection sociale et l'accompagnement de la transformation du marché du travail. Elle a aussi souligné l'importance des feuilles de route nationales, qui fixent des priorités claires pour les politiques et l'investissement publics et permettent aux partenaires techniques et financiers de combiner leur appui de manière coordonnée et complémentaire. « L'Accélérateur mondial maximise l'impact des ressources nationales et de la coopération pour le développement en concentrant les interventions sur les priorités de la feuille de route et en alignant les flux d'investissement sur les priorités sociales », a-t-elle relevé, encourageant davantage d'institutions financières internationales et de développement à rejoindre la Coalition pour l'investissement social du Sommet Finance en commun.
L'Union européenne applique une stratégie à 360 degrés à tous ses domaines d'action, notamment à travers sa stratégie Global Gateway. Elle s'attache à mieux aligner priorités politiques et investissements par des approches intégrées dans les secteurs ciblés, pour relever certains des défis les plus pressants du monde. « Grâce aux partenariats multipartites, nous pouvons accroître non seulement le volume mais aussi la valeur des investissements, en veillant à ce qu'ils favorisent des transitions justes sans laisser personne de côté », a déclaré Mme Laure Rogès, cheffe d'équipe Protection sociale, inégalités et personnes handicapées à la Direction générale des partenariats internationaux de la Commission européenne.
Mme Emily Weedon, responsable mondiale des partenariats pour la protection sociale et le travail à la Banque mondiale, a expliqué comment l'intégration de l'emploi et de la protection sociale peut aider les gouvernements à mieux dépenser leurs ressources. Elle a cité le M-GA (mécanisme ONU-Banque mondiale de soutien à l'Accélérateur mondial et au Compas de la Banque mondiale pour la protection sociale et l'emploi) comme un modèle de mobilisation et d'alignement des ressources au service de réformes pilotées par les pays. « La marge budgétaire se réduit, mais pas la dynamique. Des systèmes de protection sociale solides améliorent les résultats en matière d'emploi. Nous devons rappeler aux décideurs que la protection sociale n'est pas un sous-produit d'un bon emploi : c'est elle qui permet d'accéder à de bons emplois », a-t-elle déclaré.
L'Accélérateur mondial est ancré dans le dialogue social, qui garantit que les choix politiques relatifs au monde du travail reflètent les réalités et la vision des représentants des travailleurs et des employeurs et reposent sur les normes internationales du travail. Le respect de ces normes et une approche associant l'ensemble du gouvernement sont essentiels pour atteindre les objectifs imbriqués de l'Accélérateur mondial. C'est ce qu'a confirmé Mme Ndeye Sokhna Mbaye, de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal, représentant la Confédération syndicale internationale : « Atteindre les objectifs de l'Accélérateur mondial exige une meilleure participation des représentants des employeurs et des travailleurs, dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation des politiques ».
M. Khelil Ghariani, membre du bureau exécutif de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, représentant l'Organisation internationale des employeurs, a souligné que « l'Accélérateur mondial promeut un nouveau modèle de croissance inclusive, dans lequel les ministères de l'économie et des affaires sociales recherchent la cohérence des politiques et les institutions financières internationales promeuvent la protection sociale et le travail décent comme conditions préalables au développement durable et à des transitions justes ».
Pour conclure, Mme Valérie Schmitt, directrice adjointe du Département de la protection sociale universelle de l'OIT, a souligné : « Les feuilles de route nationales de l'Accélérateur mondial contribuent à la cohérence des politiques, du niveau macroéconomique à la conception, au financement et à la mise en œuvre des politiques sur le terrain. Elles aident aussi à structurer l'appui technique et financier des gouvernements donateurs, de l'Union européenne, des banques de développement, des partenaires sociaux et des Nations Unies. »
La session a réaffirmé le rôle de l'Accélérateur mondial en tant que plateforme concrète pour traduire les engagements mondiaux en faveur de l'emploi décent et de la protection sociale universelle en actions pilotées par les pays, ainsi que sa contribution à la mise en œuvre de la Déclaration politique du deuxième Sommet mondial pour le développement social.
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