Protéger 60 000 travailleurs : l'Accélérateur mondial fait progresser le Fonds d'indemnisation des travailleurs du Malawi
Malawi - Pendant des années, des milliers de travailleurs au Malawi ont été confrontés à l'incertitude en cas d'accident du travail. Si la loi sur l'indemnisation des travailleurs fournit un cadre juridique, le système actuel, fondé sur la responsabilité de l'employeur, se heurte à plusieurs difficultés : de nombreux travailleurs et employeurs font face à des retards dans le traitement des demandes, à des contentieux coûteux, à des demandes frauduleuses et à des difficultés d'accès à une couverture d'assurance. Ces obstacles laissent souvent les travailleurs blessés et leurs familles vulnérables au moment où ils ont le plus besoin de soutien.
Dans ce contexte, d'importants travaux de réforme du système d'indemnisation des travailleurs ont été engagés : du 23 au 26 juin 2026, le ministère du Travail, des Compétences et de l'Innovation, avec le soutien financier et technique du programme conjoint de l'Accélérateur mondial, a organisé un dialogue politique avec le secteur du thé sur la mise en place progressive d'un Fonds d'indemnisation des travailleurs fondé sur l'assurance sociale. La réunion a rassemblé des représentants de la Tea Association of Malawi (TAML), du syndicat des travailleurs des plantations et de l'agriculture, du Malawi Congress of Trade Unions (MCTU), de l'Employers Consultative Association of Malawi (ECAM) et de l'Organisation internationale du Travail (OIT).
« Le gouvernement reste déterminé à créer un Fonds d'indemnisation des travailleurs efficace et durable. Le Fonds proposé répond à une demande ancienne des employeurs comme des travailleurs : un système qui garantit une indemnisation prévisible, rapide et équitable tout en assurant sa viabilité financière à long terme », a déclaré M. Arthur Ntandika, commissaire à l'indemnisation des travailleurs, en ouvrant la réunion.
Le secteur du thé a été choisi à dessein comme point de départ : il est le premier employeur privé du Malawi, avec environ 60 000 travailleurs en haute saison, et fait vivre des milliers de petits exploitants dont les moyens de subsistance dépendent de la production de thé. Toute amélioration de la protection contre les accidents du travail peut donc avoir des effets positifs pour des milliers de familles qui dépendent de ce secteur. L'OIT a souligné que la protection contre les accidents du travail est un pilier fondamental de la sécurité sociale et que les régimes d'assurance sociale sont reconnus au niveau international comme le modèle à privilégier pour protéger les travailleurs contre les accidents et maladies professionnels. Ces régimes répartissent les risques entre les employeurs, garantissent l'accès aux prestations et offrent une meilleure viabilité financière que les systèmes traditionnels de responsabilité de l'employeur.
Les échanges se sont poursuivis hors de la salle de réunion : les participants se sont rendus dans des plantations de thé à Thyolo et à Mulanje, où ils ont rencontré des gestionnaires de plantations et des membres d'associations de producteurs de thé. Ces visites ont montré que le secteur était prêt : les employeurs se sont montrés très disposés à cotiser au Fonds proposé, et les acteurs locaux se sont dits optimistes quant à la capacité d'un système d'indemnisation plus efficace à réduire les litiges et à renforcer la confiance entre travailleurs et employeurs.
L'un des messages les plus forts de cette rencontre a été l'esprit de partenariat. Gouvernement, employeurs et travailleurs ont tous convenu que la réussite de la mise en œuvre exigerait un dialogue continu, des actions de sensibilisation, de la transparence et une responsabilité partagée. Les parties prenantes ont également recommandé que le Fonds soit géré par une institution autonome où employeurs et travailleurs seraient fortement représentés, afin de garantir la redevabilité et la confiance du public.
« La réforme devient de plus en plus urgente pour les employeurs. De nombreuses plantations ont de plus en plus de mal à gérer les demandes d'indemnisation : multiplication des contentieux, règlements tardifs et perte de confiance dans le système actuel. Récemment, certaines compagnies d'assurance ont cessé de renouveler les polices d'assurance contre les accidents du travail, exposant les employeurs à des risques financiers importants et laissant les travailleurs dans l'incertitude quant à leur protection future. Le Fonds proposé offre l'occasion de remplacer ces difficultés par un système plus fiable et financé collectivement », a déclaré M. Sangwani Hara, président du conseil d'administration de la Tea Association of Malawi (TAML).
Une feuille de route pour une mise en œuvre progressive a été élaborée, des partenariats stratégiques ont été renforcés et des étapes immédiates ont été convenues : dialogue avec le conseil d'administration de la TAML, diffusion de supports de sensibilisation dans tout le secteur du thé, examen technique des hypothèses de chiffrage avec l'appui de l'OIT et extension progressive à d'autres secteurs, comme l'industrie manufacturière.
Pour les milliers de travailleurs qui récoltent le thé du Malawi dans des conditions difficiles, le Fonds d'indemnisation des travailleurs proposé est plus qu'une réforme : c'est une promesse de dignité, de sécurité et de protection. Pour les employeurs, il ouvre la voie à un système d'indemnisation plus prévisible et plus durable. Ensemble, ces efforts marquent une étape importante vers un avenir où aucun travailleur ni aucune famille ne reste sans protection en cas d'accident du travail.
« Les travailleurs blessés subissent souvent des retards importants avant d'être indemnisés, ce qui pèse lourdement sur les finances de leur famille. Le Fonds d'indemnisation des travailleurs proposé peut renforcer la protection sociale, promouvoir le travail décent et la justice sociale, et garantir que les travailleurs blessés reçoivent le soutien et les prestations dont ils ont besoin au moment où ils en ont le plus besoin », a déclaré M. Falison Lemani, trésorier général du Malawi Congress of Trade Unions.